Comment concevoir un assistant IA de brief stratégique pour l’UNESCO ?
Comment concevoir un écosystème numérique basé sur l'IA générative quand l'approximation factuelle et l'erreur sémantique sont totalement exclues ? C'est le cœur du problème d'ingénierie cognitive et d'accessibilité que l'équipe de Product Design de Jujotte a dû résoudre pour l'UNESCO, dans le cadre du projet UNESCO AI Chat dédié au secteur de la Culture.

Quand la précision diplomatique impose
des garde-fous stricts au design
Le point de départ ? Une tension forte entre la puissance de l'IA et la rigueur institutionnelle. L'UNESCO disposait d'un premier moteur de chat, mais les performances initiales généraient des hallucinations contraires aux positions officielles de l'organisation.
"Une institution comme l’UNESCO ne peut pas baser la moindre de ses décisions sur des hallucinations. La réputation de l’UNESCO repose aussi sur la pertinence de ses outils."
briefs par jour
Notes de cadrage stratégiques que les équipes doivent compiler en période de pics institutionnels
bêta-testeurs internes
Les utilisateurs mobilisés sur le terrain pour éprouver l'outil et valider la pertinence du fond.
de tolérance à l'hallucination
L'exigence absolue sur les données clés (ratifications, listes du patrimoine, villes créatives).
Les trois piliers de notre intervention
L'alignement sémantique comme vecteur de rassurance
Dans le contexte de l'UNESCO, les mots ont un poids politique majeur. L'UX Research a mis en lumière des frictions critiques : l'IA utilisait parfois un vocabulaire non conforme au standard de l'organisation (ex: parler de "cultures étrangères" ) ou échouait à respecter les nomenclatures géographiques strictes, comme confondre le périmètre de l'Amérique du Sud avec le groupe officiel "Amérique latine et Caraïbes".
L'apport de l'UX a été de structurer des garde-fous sémantiques clairs:
• L'interface a été configurée pour systématiquement reforumuler la question de l'utilisateur en tête de réponse afin de valider la bonne compréhension cognitive.
• Les dénominations à rallonge des traités ont été encapsulées dans des capsules de composants standardisées (ex: "Convention 2003" ou "Convention 1954") pour fluidifier la lecture tout en restant rigoureux.
Rationaliser la donnée : substituer la liste dense par l'indicateur quantitatif
Lors des tests sur le terrain, nous avons constaté qu'une demande sur l'état des ratifications renvoyait une énumération brute et interminable de pays au lieu d'une donnée macro synthétique. Pour un décideur sous pression, ce format génère une surcharge cognitive inutile.
Jujotte a totalement repensé l'architecture de présentation de l'information.Désormais, chaque génération de brief applique une hiérarchie stricte :
• Un récapitulatif quantitatif visuel est poussé en tout début de document (ex: Ratified: 10 instruments (23%) | Not Ratified: 34 instruments (77%)).
• Les listes denses de projets ou de réseaux sont automatiquement converties en tableaux structurés indiquant des statuts explicites (ongoing, over) et des repères chronologiques clairs.
• Pour préserver la fluidité visuelle, les réponses extensives intègrent un principe de divulgation progressive via un bouton "Voir plus".
L'explicabilité et la transparence ancrées dans l'interface
Pour bâtir une confiance durable envers l'outil, la visibilité des sources de données est non négociable. Plutôt que de saturer le corps du chat avec des blocs de métadonnées illisibles, Jujotte a pris de la hauteur en déportant l'ensemble des éléments de transparence dans un panneau latéral droit rétractable.
Ce panneau dédié permet de distinguer nettement l'information narrative de son origine factuelle. L'utilisateur y retrouve instantanément la date de fraîcheur des données ("Last updated: March 2025") et des disclaimers essentiels spécifiant l'origine des bases de données utilisées (comme la mention des données autodéclarées par les États membres). Ce volet intègre également un indicateur de transparence affichant l'impact environnemental de la requête en cours.
Ce que nous avons refusé de faire
Non aux fonctions d'analyse complexes pour les hauts dirigeants
Le cahier des charges initial suggérait d'intégrer des filtres avancés et des tableaux dynamiques complexes pour l'ADG. En observant la réalité du terrain, nous avons refusé d'alourdir le parcours. Un directeur sous pression ne veut pas manipuler de la donnée brute ; il veut des parcours très courts et des réponses narratives prioritaires et ciblées.
Activation des filtres contextuels (ex: détection automatique du focus pays via le prompt) et concentré l'effort sur la qualité de synthèse du résumé exécutif.
Non à l'affichage de sections vides en cas d'absence de données
Techniquement, l'absence d'information dans les jeux de données (par exemple, un pays ne possédant aucun site du patrimoine mondial mixte) générait des titres de sections suivis de mentions d'erreur ou de vides anxiogènes.
Règle de conception stricte : si aucune donnée n'est trouvée, le titre de la rubrique est purement et simplement omis de l'affichage , ou l'interface propose une formulation positive et stabilisée pour certifier à l'utilisateur que la génération est complète et qu'aucun bug n'est survenu.
Chaque décision produit est importante.

Quand la rigueur n’est pas une option
Concevoir pour une institution internationale comme l'UNESCO impose de bien embrasser les enjeux de la réalité politique et le niveau de responsabilité des utilisateurs.Le brief stratégique est un document à haute valeur ajoutée, où la moindre approximation sémantique peut générer un impair diplomatique. Notre rôle de designer n'était pas de rendre l'IA “magique” ou spectaculaire, mais de la rendre rigoureuse, transparente et chirurgicale.
